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LETTRE N° 33 : 12/03/2020 - FICTIONS TEMPORELLES ET ENVIRONNEMENT

Point de vue 4

 

Peu de personnes ont remarqué que nous étions face à une épidémie, non pas de peste noire ou bubonique, de tuberculose, de rougeole ou autre, mais de mots-valises. Prenons un premier fait. Que ce soit l’épicier du coin, le buraliste, l’étudiant ou l’élève, l’expert en relations internationales, le commentateur ou le ministre, que cela se passe dans les discussions au café du Commerce ou dans les réunions de toutes sortes, que ce soit à Limoges, Brest, Nîmes, Nouméa ou Papeete, tous les individus abusent du même bouche-trou : « du coup ». Employé n’importe où et n’importe quand, sans qu’on perçoive son sens véritable et son utilité, « du coup » se propage partout par effet de mode. Le souci est qu’il n’y a malheureusement pas que cette expression.

Dans les années 1980 et celles qui ont suivi, le terme de « projet » a tout envahi, sans savoir si l’on faisait allusion à des intentions, des aspirations, des buts ou des objectifs. Encore aujourd’hui, il existe bien une orgie de projets, qu’ils soient d’orientation, de formation, d’aménagement, de développement, de retraite, de loi, et j’en passe. Puis, en 1990, c’est celui de « proximité » qui est venu sur le devant de la scène. Il fallait une médecine de proximité, une éducation de proximité, une police de proximité, des commerces de proximité, et j’en passe encore. Aux confins des années 2000, tout devait devenir « durable » (voir Lettre n° 33), les produits, les relations, les politiques… Lors d’un entretien avec un maire élu depuis plus de trente ans, celui-ci a dit sans ambages : « Moi, je fais de la politique durable. » À l’époque, de grands panneaux publicitaires ornaient les routes du Languedoc-Roussillon, où il était écrit en gros caractères : La Région investit pour vous. Elle fait des routes durables, et j’en passe une nouvelle fois.

Actuellement, c’est la terminologie de « transition écologique » qui s’invite. Cela signifie le passage d’un état à un autre ou, d’après Rob Hopkins, la prise de conscience et la volonté d’agir concrètement. Or, comme tous les autres termes cités plus haut, ce dernier vocable est récupéré par tout un chacun, ce qui n’est pas spécialement un mal en soi, mais lui fait perdre petit à petit sa signification originelle. Au cinéma, par exemple, j’ai été stupéfait de constater, à plusieurs reprises, lors des publicités dont on nous matraque avant la projection d’un film, que cette idée était bien en vogue. Toutes ces annonces avaient, semble-t-il, le même fonds de commerce. Qu’elles fassent la promotion de meubles, d’équipements vidéo ou audio, de chauffages ou de climatisations, de restauration rapide, de piscines ou de spas, et même d’automobiles, toutes s’inscrivaient dans la défense du climat et de l’environnement, sous couvert bien sûr de transition écologique. Les publicitaires ont ainsi trouvé là un bon filon et en feront usage, je suppose, pendant longtemps encore, pour valoriser le seul pouvoir qui reste, à savoir le pouvoir d’achat. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant qu’on en arrive à des absurdités telles que la promotion de voitures électriques ou des derniers avatars de la téléphonie mobile, exploitant et utilisant des terres rares, tout en vantant bien sûr les bienfaits de la transition écologique.

Mais alors, tous ces mots ne sont-ils pas en définitive que des objets fétiches, tout comme les poupées de chiffon dont les enfants se servent pour se réconforter et se rassurer, « du coup » ?

Jean-Luc Roques

 

BIENVENUE SUR LE SITE

DE L'ASSOCIATION PEAL

Chargée d’étude :
Corinne Berger
: Juriste

04 image intro

Nathalie Chabaud :         Psychologue
Yves de Ribaupierre :     Physiologiste
Jean-Luc Roques :         Sociologue
Rémy Roussille :            Occitaniste
Catherine Meyer (USA) : Linguiste

 

        LIVRE       
Pourquoi rester venir revenir en ville 1

POURQUOI RESTER,
VENIR OU REVENIR

DANS DE PETITES VILLES.

Malgré des images fantomatiques et contradictoires qui collent à la peau des petites villes, pourquoi des habitants y restent et pourquoi d’autres viennent s’y installer ou y reviennent ? Une première idée est d’admettre que les individus sont à la recherche de prix de terrains ou de loyers moins onéreux et d’une certaine qualité de vie. La seconde idée est d’envisager que ceux-ci cherchent un espace sécuritaire. Ils resteraient ou viendraient afin de conserver ou de trouver un lieu de protection, loin des affres des grandes villes et du sentiment d’insécurité qui en découle.
Si ces deux hypothèses semblent valides, ce livre envisage d’en proposer une autre. Les petites villes auraient une image particulière qui est inscrite dans la conscience collective, et se perpétue inlassablement à travers l’histoire. Elles renverraient à un monde à part fortement valorisé avec ses interactions quotidiennes, ses liens de proximité, mais surtout symboliseraient un espace « commun ». Le problème est que ce refuge est fragile tant les dynamiques sociales ne correspondent pas nécessairement à ces représentations, puisque chacun donne une définition différente de ce qui peut être « commun ». Entre l’idéal et la réalité, l’écart va engendrer dès lors des expériences et des attitudes bien diverses.

 

Jean-Luc Roques est sociologue, maître de conférences à l’université de Perpignan Via Domitia. Chercheur au laboratoire C3S (EA 4660), ses travaux portent sur les dynamiques territoriales et leurs infl uences sur les acteurs locaux. Il a publié notamment. La petite ville et ses jeunes (2004), Inclusion et exclusion dans les petites villes (2007), La fi n des petites villes (2009), Une sociologie de la petite ville (2012), Les antinomies du localisme : le cas des petites villes (2015).

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Projets et Etudes en Atelier Local (PEAL) 
Rue Principale - 48400 Barre des Cévennes Courriel

Créée en 1992 avec pour objet de réaliser des études en sciences sociales et humaines, l’association (Projet et Étude en Atelier Local) adopte le principe de travailler systématiquement par ateliers de réflexions.
Soucieuse des questions liées à l’environnement, elle concentre aujourd’hui toute son action autour de cette thématique.
 

Tout le monde semble d’accord sur le fait qu’il est impératif de préserver les milieux et les espaces, tout en laissant la pollution des sols gagner du terrain. Tout le monde semble d’accord pour promouvoir des mesures en matière d’urbanisme, tout en laissant faire le marché de l’immobilier.
Tout le monde semble soucieux de garantir la santé des populations contre la dégradation atmosphérique, tout en fermant les yeux sur les industries polluantes. Tout le monde s’accorde pour affirmer qu’il faut transformer les choses, sans véritablement vouloir les modifier. 

Dans ce contexte, des voix s’élèvent pour envisager de considérer l’environnement et ses composants comme devant relever du patrimoine mondial. Mais dans le même temps, les territoires, nationaux, régionaux ou locaux, revendiquent la gestion unilatérale de leurs espaces. Toutes les actions semblent alors buter sur un ordre territorial qui se veut tout-puissant. On voit avec stupeur que, malgré les divers appels et certaines prises de conscience, rien ne semble changer. 

La situation continue à empirer lentement mais sûrement. On peut être agacé par ces contradictions, mais les faits sont là bien présents, face à nous. Tout le monde se met des œillères et évite d’envisager le pire. Ceux qui le peuvent se referment sur un quant-à-soi, un espace propre et sécurisant. Ainsi, comme l’écrit Lascoumes avec grande clairvoyance « Dans les représentations communes, l’environnement est réduit à une notion égoïste et appropriative qui ne traite que de l’espace de vie immédiat en ramenant tout à lui ». Tout le monde s’intéresse alors à ce qui l’environne, mais en aucun
cas à l’environnement.

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