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Point de vue

 

Petit cochon corinne nbJe rencontre Safi, le 9 février dernier, au centre humanitaire ouvert depuis mi-novembre pour les migrants sur Paris afin de mettre fin aux campements dans les rues de la capitale. Il a 22 ans et vient d'Afghanistan qu'il a quitté il y a 18 mois après que son père, médecin, ait été tué par les talibans.

Comme lui, les migrants fuient avant tout pour survivre. La majorité des personnes qui entrent illégalement en Europe sont originaires de pays en guerre dont le Soudan, la Syrie, l'Erythrée, la Somalie et l'Afghanistan. Ils fuient des pays dévastés où l'on manque de tout. Selon le Haut-Commissariat aux Réfugiés, les hommes seuls ne représentent en 2016 que 53 % des migrants. Ce sont de plus en plus des familles qui migrent vers l'Union européenne.

Safi a attendu 6 jours et 7 nuits dehors avant de pouvoir être hébergé pour 10 jours sur place, d'y être nourri et de recevoir un sac avec quelques vêtements et du savon issu de dons. Nous échangeons en anglais mais il souhaite apprendre notre langue dont il connait quelques mots grâce aux militaires français en poste dans son village natal. Un rendez-vous à la préfecture lui a été donné pour fin mars (30 jours plus tard quand la loi fixe un délai de 3 jours) afin de déposer sa demande d'asile. Il se retrouve à nouveau à la rue dans l'intervalle sans aucun moyen de subsistance. Je suis sans nouvelles de lui depuis.

La procédure de demande d'asile prévoit qu'à compter du dépôt officiel, la personne bénéficie d'un hébergement et d'une allocation de 680 par jour pour se nourrir et subvenir à ses besoins, et ce le temps d'instruction de son dossier dont la durée moyenne actuelle est de 6 mois. En France, le taux de reconnaissance de ce statut se maintient aux alentours de 30 % des dossiers (ce qui est inférieur à la moyenne européenne)1, soit 36 233 protections accordées en 2016 2. « Entre 2012 et 2015, le nombre de personnes « déracinées » par les conflits et les persécutions dans le monde est passé de 45,2 millions à 65,3 millions. Ce chiffre record, le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale, s’explique par la multiplication des conflits et l’installation dans la durée de ces derniers. Même s’il faut rappeler que 86 % des réfugiés demeurent dans des régions en voie de développement, l’Europe a été largement impactée par l’augmentation de déplacés. » 3

L'augmentation du flux de migrants, en provenance de pays majoritairement musulmans, a fait porter le débat public sur les questions suivantes : comment partager les richesses sans mettre en péril notre système économique et social, comment accueillir des personnes de culture différente sans risquer de perdre notre propre identité, comment définir une position nationale dans un contexte de politique européenne et de conflits mondialisés, quels sont nos devoirs et responsabilités dans la crise actuelle et comment trouver des solutions compatibles avec notre tradition et notre histoire ?

Une fois les termes du débat posés, les uns et les autres développent des arguments contraires selon leurs sensibilités politiques, religieuses, philosophiques ou intellectuelles. Que peut nous apprendre la longue histoire de notre évolution pour éclairer la situation présente ? Les sociétés se complexifiant « les hommes n'ont cessé de créer l'ordre dans leur société en classant les populations en catégories imaginaires du style : supérieurs, roturiers et esclaves ; Blancs et Noirs (…) riches et pauvres… [Or], il faut une tribu pour élever un homme. Aussi l'évolution favorisa-t-elle ceux qui sont capables de nouer de robustes liens sociaux » 4. Offrir l'hospitalité c'est donner quelque chose de soi qui se situe au-delà du service.

Elisabeth ORTEGA

 

1 Article de Boris MANENTI publié sur lemonde.fr daté du 26 octobre 2016

2  Mémorandum de France Terre D'Asile pour les élections présidentielles 2017

3 Idem

Sapiens : une brève histoire de l'humanité, de l'historien Yuval Noah HARARI qui établit une analyse des grandes tendances de notre espèce. - Editions Albin Michel, 2015.

 

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     Livre                                            
De la crise environnementale 1

De la crise environnementale
à l'instabilité identitaire

La crise environnementale entraîne-t-elle une instabilité des identités culturelles, notamment chez les modernes ? Comment les prises de conscience face aux catastrophes et autres défi s se manifestent-elles ? Comment appréhender la contradiction nette entre, d’une part, les images du progrès, de l’inépuisable, du développement illimité et, d’autre part, les pénuries, les informations dramatiques ?
Sujet sensible, brûlant, polémique, plus particulièrement un thème d’interrogations, de préoccupations, mais aussi de méfi ance et de mise à distance, l’environnement est devenu l’un des symboles indissociables de la société moderne. Pour aborder l’incidence de la crise écologique sur notre identité culturelle, la réfl exion des spécialistes Corinne Berger et Jean-Luc Roques convoque plusieurs sciences humaines et sociales et vient sonder le paradoxe intrinsèque de l’ère moderne. Une étude pluridisciplinaire édifi ante, un cri d’alerte sans équivoque.

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Projets et Etudes en Atelier Local (PEAL) 
Rue Principale - 48400 Barre des Cévennes Courriel

Créée en 1992 avec pour objet de réaliser des études en sciences sociales et humaines, l’association (Projet et Étude en Atelier Local) adopte 
le principe de travailler systématiquement par ateliers de réflexions.

Soucieuse des questions liées à l’environnement, elle concentre aujourd’hui toute son action autour de cette thématique. 

Tout le monde semble d’accord sur le fait qu’il est impératif de préserver les milieux et les espaces, tout en laissant la pollution des sols gagner du terrain. Tout le monde semble d’accord pour promouvoir des mesures en matière d’urbanisme, tout en laissant faire le marché de l’immobilier.
Tout le monde semble soucieux de garantir la santé des populations contre la dégradation atmosphérique, tout en fermant les yeux sur les industries polluantes. Tout le monde s’accorde pour affirmer qu’il faut transformer les choses, sans véritablement vouloir les modifier. 

Dans ce contexte, des voix s’élèvent pour envisager de considérer l’environnement et ses composants comme devant relever du patrimoine mondial. Mais dans le même temps, les territoires, nationaux, régionaux ou locaux, revendiquent la gestion unilatérale de leurs espaces. Toutes les actions semblent alors buter sur un ordre territorial qui se veut tout-puissant. On voit avec stupeur que, malgré les divers appels et certaines prises de conscience, rien ne semble changer. 

La situation continue à empirer lentement mais sûrement. On peut être agacé par ces contradictions, mais les faits sont là bien présents, face à nous. Tout le monde se met des œillères et évite d’envisager le pire. Ceux qui le peuvent se referment sur un quant-à-soi, un espace propre et sécurisant. Ainsi, comme l’écrit Lascoumes avec grande clairvoyance « Dans les représentations communes, l’environnement est réduit à une notion égoïste et appropriative qui ne traite que de l’espace de vie immédiat en ramenant tout à lui ». Tout le monde s’intéresse alors à ce qui l’environne, mais en aucun
cas à l’environnement.

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LETTRE N°21 : 17/03/2017 LE GOÛT ET L'ENVIRONNEMENT