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LETTRE N° 34 : 08/06/2020 - VITESSE ET ENVIRONNEMENT

Point de vue 4

 

Dans une société de l’effervescence, des flux incessants, il est difficile d’imaginer vivre à l’arrêt. L’immobilité est considérée comme une perte de temps, lorsqu’elle n’est pas synonyme de mort. Or, en l’espace de quelques semaines, les humains se sont retrouvés dans l’impossibilité de se déplacer. Ils ont trépigné dans leur cuisine et sont restés, durant des semaines, rivés à un écran, évoluant dans un univers virtuel. Si les théories libérales insistent sur le terme d’adaptation, ne faut-il pas aujourd’hui envisager une autre façon de se comporter ? Et pourquoi ne pas faire l’éloge de l’immobilisme ?

D’après une image, véridique ou inventée, les hommes ont pendant longtemps privilégié le calme et la quiétude. Ils avaient coutume de se déplacer uniquement pour leur survie, en quête de nourriture et d’échanges. Ils étaient aptes à passer de longs moments à l’affût, cachés, afin d’observer chaque mouvement de la nature. Ils ont vécu de cette manière pendant des millénaires. La chasse, la cueillette ou la pêche relevaient d’une pratique et d’une observation minutieuses. D’autres moments étaient consacrés au repos, à la pause et à la palabre. Les Indiens, les Kanaks, les Inuits, par exemple, vivaient des ressources de la forêt, de l’eau et de la terre généreuse. Ils passaient du temps à regarder le feu. Ils partaient à la rivière pour se baigner et restaient à discuter dans l’eau des heures entières. Ils pouvaient attendre plusieurs jours qu’un poisson morde à l’hameçon. La réalité historique est venue pourtant fracasser cette représentation. À propos de la conquête du Nouveau Monde par les Européens, Jean-Christophe Rufin, dans son roman Rouge Brésil, écrivait : « Ce n’est pas l’homme qui a été chassé du paradis terrestre, mais Dieu. Et l’homme s’est emparé de la création, pour la détruire. » Dans cette logique, il n’y a rien de plus difficile désormais que de « rester immobile », quel que soit le milieu, urbain ou rural.

Pourtant, cette attitude d’immobilité pourrait signifier, simplement, être attentif-ve aux autres, à ce qui est extérieur à soi, et induire une façon de contempler les choses pour y trouver une harmonie. Être capable de s’asseoir à l’ombre d’un mur pendant des heures entières, de reconnaître le chant des oiseaux, les sentiers, les plantes ou les odeurs, et ce qui naturellement imprègne. Il ne s’agit pas ici de retourner aux arbres, mais simplement de les écouter. C’est être aussi capable de porter un autre regard sur les monuments, les façades, les fontaines, les rues ou les pierres. En cela, les humains pourraient mieux appréhender tout ce qu’il y a d’enveloppant et de doux dans ce monde. Ils pourraient sans doute mieux respecter et protéger ce qui ne se réduit pas à leurs seules activités. Au lieu de faire non pas deux minutes de silence, il faudrait plutôt qu’ils en observent, chaque jour, quelques heures. Si, au lieu de faire l’éloge du mouvement, ils faisaient celui de la lenteur, de la patience et de l’inactivité, imperceptiblement se produirait sans doute une nette transformation. Et s’ils pouvaient comptabiliser ces moments paisibles et en faire un indicateur du produit intérieur brut, un monde ralenti et certainement beaucoup plus riche adviendrait.

Après l’extinction des dinosaures, ce sera probablement au tour de l’homme de disparaître, et cela plus rapidement qu’il n’y paraît. On pourrait d’ailleurs reprendre le titre de l’ouvrage du philosophe Yves Paccalet : L’Humanité disparaîtra, et son sous-titre : bon débarras !. Confrontées aux catastrophes qui nous menacent et qui seront, à terme, de plus en plus fréquentes, nos sociétés demeurent atteintes de « pléonexie » et de cupidité. Pourront-elles changer les choses ? Il n’est pas interdit de se poser la question et/ou de se laisser aller à la rêverie.

Corinne BERGER

 

 

 

 

 

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DE L'ASSOCIATION PEAL

Chargée d’étude :
Corinne Berger
: Juriste

04 image intro

Nathalie Chabaud :         Psychologue
Yves de Ribaupierre :     Physiologiste
Jean-Luc Roques :         Sociologue
Rémy Roussille :            Occitaniste
Catherine Meyer (USA) : Linguiste

 

        LIVRE       
Pourquoi rester venir revenir en ville 1

POURQUOI RESTER,
VENIR OU REVENIR

DANS DE PETITES VILLES.

Malgré des images fantomatiques et contradictoires qui collent à la peau des petites villes, pourquoi des habitants y restent et pourquoi d’autres viennent s’y installer ou y reviennent ? Une première idée est d’admettre que les individus sont à la recherche de prix de terrains ou de loyers moins onéreux et d’une certaine qualité de vie. La seconde idée est d’envisager que ceux-ci cherchent un espace sécuritaire. Ils resteraient ou viendraient afin de conserver ou de trouver un lieu de protection, loin des affres des grandes villes et du sentiment d’insécurité qui en découle.
Si ces deux hypothèses semblent valides, ce livre envisage d’en proposer une autre. Les petites villes auraient une image particulière qui est inscrite dans la conscience collective, et se perpétue inlassablement à travers l’histoire. Elles renverraient à un monde à part fortement valorisé avec ses interactions quotidiennes, ses liens de proximité, mais surtout symboliseraient un espace « commun ». Le problème est que ce refuge est fragile tant les dynamiques sociales ne correspondent pas nécessairement à ces représentations, puisque chacun donne une définition différente de ce qui peut être « commun ». Entre l’idéal et la réalité, l’écart va engendrer dès lors des expériences et des attitudes bien diverses.

 

Jean-Luc Roques est sociologue, maître de conférences à l’université de Perpignan Via Domitia. Chercheur au laboratoire C3S (EA 4660), ses travaux portent sur les dynamiques territoriales et leurs infl uences sur les acteurs locaux. Il a publié notamment. La petite ville et ses jeunes (2004), Inclusion et exclusion dans les petites villes (2007), La fi n des petites villes (2009), Une sociologie de la petite ville (2012), Les antinomies du localisme : le cas des petites villes (2015).

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Projets et Etudes en Atelier Local (PEAL) 
Rue Principale - 48400 Barre des Cévennes Courriel

Créée en 1992 avec pour objet de réaliser des études en sciences sociales et humaines, l’association (Projet et Étude en Atelier Local) adopte le principe de travailler systématiquement par ateliers de réflexions.
Soucieuse des questions liées à l’environnement, elle concentre aujourd’hui toute son action autour de cette thématique.
 

Tout le monde semble d’accord sur le fait qu’il est impératif de préserver les milieux et les espaces, tout en laissant la pollution des sols gagner du terrain. Tout le monde semble d’accord pour promouvoir des mesures en matière d’urbanisme, tout en laissant faire le marché de l’immobilier.
Tout le monde semble soucieux de garantir la santé des populations contre la dégradation atmosphérique, tout en fermant les yeux sur les industries polluantes. Tout le monde s’accorde pour affirmer qu’il faut transformer les choses, sans véritablement vouloir les modifier. 

Dans ce contexte, des voix s’élèvent pour envisager de considérer l’environnement et ses composants comme devant relever du patrimoine mondial. Mais dans le même temps, les territoires, nationaux, régionaux ou locaux, revendiquent la gestion unilatérale de leurs espaces. Toutes les actions semblent alors buter sur un ordre territorial qui se veut tout-puissant. On voit avec stupeur que, malgré les divers appels et certaines prises de conscience, rien ne semble changer. 

La situation continue à empirer lentement mais sûrement. On peut être agacé par ces contradictions, mais les faits sont là bien présents, face à nous. Tout le monde se met des œillères et évite d’envisager le pire. Ceux qui le peuvent se referment sur un quant-à-soi, un espace propre et sécurisant. Ainsi, comme l’écrit Lascoumes avec grande clairvoyance « Dans les représentations communes, l’environnement est réduit à une notion égoïste et appropriative qui ne traite que de l’espace de vie immédiat en ramenant tout à lui ». Tout le monde s’intéresse alors à ce qui l’environne, mais en aucun
cas à l’environnement.

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