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LETTRE N° 35 : 28/09/2020 - PREVISION ET ENVIRONNEMENT

Point de vue 4

 

En mars 2018, était lancé, par le ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, un programme intitulé : « Action cœur de ville ». Le but était d’améliorer les conditions de vie des habitants de villes moyennes, mais aussi de conforter le rôle important de ces entités urbaines dans le développement des territoires. Deux cent vingt-deux communes ont été éligibles. En effet, le constat était assez amer, puisque ces villes avaient des difficultés d’attractivité, des logements dégradés ainsi qu’une vitalité commerciale en berne. Il est vrai que la situation n’est pas très réjouissante. Dans certaines de ces villes où j’ai pu me rendre, il y a bien une désertification totale des rues et du bâti, et parfois de grandes photos de terrasses de cafés ou de passants sont affichées de façon pathétique sur les devantures d’anciens magasins fermés, en proie à la décrépitude. Dans ces espaces vides, quelques personnes âgées ou des familles pauvres tentent encore de vivre.

La question est de savoir comment nous en sommes arrivés là, et cela en quelques années seulement. Pourquoi tous ces centres-villes sont-ils aussi désolés ? Il serait possible d’invoquer une multiplicité de raisons, mais j’en remarque une qui me semble assez sensible. Pour cela, il faut tout de même faire un petit rappel concernant les politiques urbaines et leur transcription au niveau local. En 1967, le plan d’occupation des sols (POS) était élaboré et approuvé par les services de l’État. Le 7 janvier 1983, sous le couvert de la décentralisation, qui devait régler tous les problèmes et rapprocher les citoyens des décideurs, cette compétence a été transférée aux élus locaux, avec avis des services de l’État. Avec la loi SRU de 2000, le plan local d’urbanisme (PLU) a remplacé le POS et, en 2011 et 2014, le PLUI (plan local d’urbanisme intercommunal) pouvait permettre de rationaliser les constructions et limiter la concurrence entre les territoires. Or, quelle que soit la formule, par un phénomène d’imitation généralisée, que l’on retrouve, en France, de Brest à Menton ou de Strasbourg à Biarritz, les élus de toutes ces villes n’ont eu de cesse d’étendre les zones à urbaniser. Soit par cupidité, soit par maladresse ou niaiserie, ils n’ont eu comme seule ambition, pour développer leur cité, de mettre en place de vastes centres commerciaux, d’encourager l’implantation de lotissements en périphérie, mais surtout de vider les bourgs-centres.

Pourtant, depuis des décennies, les appels et les études ont été nombreux concernant cette absurde gestion du territoire. Plus récemment encore, le 21 juin 2020, la convention citoyenne pour le climat pointait, dans son rapport, qu’il fallait maîtriser cet étalement urbain. Dans sa proposition SL3-11, elle insistait sur la nécessité de sensibiliser à l’importance de la ville compacte et d’éviter toute implantation dans des zones naturelles. Or, s’il ne fallait citer qu’un exemple, je prendrais celui de la commune de Fournès, dans le Gard, avec son projet de construction d’un centre de tri de colis de 39 000 mètres carrés sur un terrain de quatorze hectares, pour l’entreprise Amazon. Cette station logistique serait l’une des trois plus grandes d’Europe, avec le passage de 500 camions par jour. L’entreprise Argan, qui s’occupe du dossier, faisait d’ailleurs miroiter en 2018 la création de 600 emplois (qui se réduisent en 2020 à 150), ainsi que des rentrées fiscales conséquentes pour que la commune puisse, au lieu de penser, dépenser. Ainsi, les élus locaux (sans parler des prises illégales d’intérêts qui ont été mises en évidence) continuent inlassablement dans la même direction, favorisant toujours un esprit clientéliste.

Cet exemple n’est pas isolé, mais est typique de cette gestion délétère par des édiles locaux imbus d’un pouvoir qu’ils pensent définitivement acquis au sein d’une démocratie qui se réduit au seul jour d’une élection. Ces derniers se plaignent maintenant, mais un peu tard, de la mort de leur centre-ville.

Jean-Luc Roques

 

 

 

 

 

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DE L'ASSOCIATION PEAL

Chargée d’étude :
Corinne Berger
: Juriste

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Nathalie Chabaud :         Psychologue
Yves de Ribaupierre :     Physiologiste
Jean-Luc Roques :         Sociologue
Rémy Roussille :            Occitaniste
Catherine Meyer (USA) : Linguiste

 

        LIVRE       
Pourquoi rester venir revenir en ville 1

POURQUOI RESTER,
VENIR OU REVENIR

DANS DE PETITES VILLES.

Malgré des images fantomatiques et contradictoires qui collent à la peau des petites villes, pourquoi des habitants y restent et pourquoi d’autres viennent s’y installer ou y reviennent ? Une première idée est d’admettre que les individus sont à la recherche de prix de terrains ou de loyers moins onéreux et d’une certaine qualité de vie. La seconde idée est d’envisager que ceux-ci cherchent un espace sécuritaire. Ils resteraient ou viendraient afin de conserver ou de trouver un lieu de protection, loin des affres des grandes villes et du sentiment d’insécurité qui en découle.
Si ces deux hypothèses semblent valides, ce livre envisage d’en proposer une autre. Les petites villes auraient une image particulière qui est inscrite dans la conscience collective, et se perpétue inlassablement à travers l’histoire. Elles renverraient à un monde à part fortement valorisé avec ses interactions quotidiennes, ses liens de proximité, mais surtout symboliseraient un espace « commun ». Le problème est que ce refuge est fragile tant les dynamiques sociales ne correspondent pas nécessairement à ces représentations, puisque chacun donne une définition différente de ce qui peut être « commun ». Entre l’idéal et la réalité, l’écart va engendrer dès lors des expériences et des attitudes bien diverses.

 

Jean-Luc Roques est sociologue, maître de conférences à l’université de Perpignan Via Domitia. Chercheur au laboratoire C3S (EA 4660), ses travaux portent sur les dynamiques territoriales et leurs infl uences sur les acteurs locaux. Il a publié notamment. La petite ville et ses jeunes (2004), Inclusion et exclusion dans les petites villes (2007), La fi n des petites villes (2009), Une sociologie de la petite ville (2012), Les antinomies du localisme : le cas des petites villes (2015).

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Projets et Etudes en Atelier Local (PEAL) 
9 rue Benjamin Franklin 66000 Perpignan Courriel

Créée en 1992 avec pour objet de réaliser des études en sciences sociales et humaines, l’association (Projet et Étude en Atelier Local) adopte le principe de travailler systématiquement par ateliers de réflexions.
Soucieuse des questions liées à l’environnement, elle concentre aujourd’hui toute son action autour de cette thématique.
 

Tout le monde semble d’accord sur le fait qu’il est impératif de préserver les milieux et les espaces, tout en laissant la pollution des sols gagner du terrain. Tout le monde semble d’accord pour promouvoir des mesures en matière d’urbanisme, tout en laissant faire le marché de l’immobilier.
Tout le monde semble soucieux de garantir la santé des populations contre la dégradation atmosphérique, tout en fermant les yeux sur les industries polluantes. Tout le monde s’accorde pour affirmer qu’il faut transformer les choses, sans véritablement vouloir les modifier. 

Dans ce contexte, des voix s’élèvent pour envisager de considérer l’environnement et ses composants comme devant relever du patrimoine mondial. Mais dans le même temps, les territoires, nationaux, régionaux ou locaux, revendiquent la gestion unilatérale de leurs espaces. Toutes les actions semblent alors buter sur un ordre territorial qui se veut tout-puissant. On voit avec stupeur que, malgré les divers appels et certaines prises de conscience, rien ne semble changer. 

La situation continue à empirer lentement mais sûrement. On peut être agacé par ces contradictions, mais les faits sont là bien présents, face à nous. Tout le monde se met des œillères et évite d’envisager le pire. Ceux qui le peuvent se referment sur un quant-à-soi, un espace propre et sécurisant. Ainsi, comme l’écrit Lascoumes avec grande clairvoyance « Dans les représentations communes, l’environnement est réduit à une notion égoïste et appropriative qui ne traite que de l’espace de vie immédiat en ramenant tout à lui ». Tout le monde s’intéresse alors à ce qui l’environne, mais en aucun
cas à l’environnement.

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