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LETTRE N° 32 : 5/12/2019 - NOUVELLES RELIGIOSITES ET ENVIRONNEMENT

Point de vue 4

 

Loin de la France métropolitaine, début 2018, un « nouveau concept pour dynamiser Tahiti » fut d’envisager de construire un « Village tahitien ». Cela semble à l’évidence quelque peu anachronique quant on connaît toutes les transformations qu’a subies ce territoire. Cet exemple n’est pas le seul, comme lorsqu’on crée des centres culturels dans des endroits très isolés en Nouvelle-Calédonie, qui restent malgré tout peu fréquentés. Si cela est assez surprenant, il serait possible de multiplier les cas où l’appel au « patrimoine » devient systématique. Par exemple, lorsque le maire d’une ville moyenne, dans un éditorial, cite six fois ce terme en une dizaine de lignes. Revenons alors sur quelques points.

 

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Le lagon de Nouvelle-Calédonie inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO

 

S’agissant du patrimoine matériel, les objets les plus modestes ou les plus familiers de notre quotidien peuvent faire sens. Le petit patrimoine, ou le banal et le quotidien peuvent être valorisés tout autant que les plus grands chefs-d’œuvre de l’architecture et des beaux-arts. Ce patrimoine peut être composé de jouets, d’outils ou d’albums photos. Des biens tels que les lavoirs, les fours à pain peuvent être reconnus comme patrimoine. Celui-ci peut mobiliser des associations ou des groupes particuliers. Les écomusées sont soutenus localement, constitués par les habitants et les ressources du cru. Cependant, lorsque le patrimoine s’institutionnalise, les pouvoirs publics sont cantonnés à la seule existence d’aides. Le « patrimoine culturel immatériel » signifie quant à lui la sauvegarde d’une croyance, d’un rite, d’un folklore, d’une langue ou d’une pratique ancestrale. Il peut également concerner des lieux ou des espaces particuliers, « façonnés par l’activité humaine ». L’Unesco, agence spécialisée de l’ONU, contribue ainsi à préserver le patrimoine culturel des territoires qu’il qualifie de mondial. Il désigne un ensemble de biens culturels ou naturels présentant un intérêt exceptionnel pour l’héritage commun de l’humanité. Dans le monde, mille cent vingt et un biens culturels, naturels ou mixtes sont classés par cette organisation, dont quarante-cinq en France. Si tout cela permet de revisiter certains imaginaires, plusieurs effets redoutables ne sont-ils pourtant pas à craindre ? Le risque n’est-il pas grand de ne réduire ce patrimoine qu’à certains points de vue ?

Le premier problème renvoie au lien entre la valorisation d’un patrimoine et l’activité touristique. Contrairement à certains sites qui ne sortent pas de leur isolement, d’autres subissent de plein fouet les effets néfastes du tourisme de masse. La mobilité touristique incessante ou envahissante, en périodes estivales, non seulement est source de pollutions, mais finit aussi par tuer la vie locale, comme pour le cirque de Gavarnie. D’ailleurs, dans le monde, cinquante-trois sites inscrits sont en péril, et certains pour cette raison. Ainsi, en dépit des prétentions de l’Unesco, selon lesquelles le patrimoine serait garant du développement durable, terminologie bien en vogue, c’est paradoxalement l’inverse qui se produit. Mais un autre problème apparaît lorsqu’on souhaite créer de toutes pièces un site, qui ne fait que justifier le dépérissement d’une culture du fait de l’obligation de préservation qu’il connote. Le patrimoine tend dès lors à se réduire à une simple « vitrine identitaire », avec le danger que celui-ci n’ait plus qu’une portée politique et/ou religieuse. Alors que la notion de patrimoine génère une énergie énorme, il risque de n’être utilisé que pour faire valoir la prééminence de quelques valeurs ou croyances à des fins essentielles d’« expansionnisme pastoral ».

Aussi, il ne suffit pas de construire, il faut inventer de nouvelles formes d’attractivité. Or certains individus, qui se disent « experts », à qui la patrimonialisation promet une forme d’éternité, ne souhaitent-ils pas eux-mêmes être qualifiés de « patrimoine » ou de « trésor humain vivant » ? Cependant, sans dentelle, sans costume, sans berger, sans temple ou sans forces vives, ces trésors ne sont que peu de chose.

Corinne BERGER

 

 

 

BIENVENUE SUR LE SITE

DE L'ASSOCIATION PEAL

Chargée d’étude :
Corinne Berger
: Juriste

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Nathalie Chabaud :         Psychologue
Yves de Ribaupierre :     Physiologiste
Jean-Luc Roques :         Sociologue
Rémy Roussille :            Occitaniste
Catherine Meyer (USA) : Linguiste

 

        LIVRE       
Pourquoi rester venir revenir en ville 1

POURQUOI RESTER,
VENIR OU REVENIR

DANS DE PETITES VILLES.

Malgré des images fantomatiques et contradictoires qui collent à la peau des petites villes, pourquoi des habitants y restent et pourquoi d’autres viennent s’y installer ou y reviennent ? Une première idée est d’admettre que les individus sont à la recherche de prix de terrains ou de loyers moins onéreux et d’une certaine qualité de vie. La seconde idée est d’envisager que ceux-ci cherchent un espace sécuritaire. Ils resteraient ou viendraient afin de conserver ou de trouver un lieu de protection, loin des affres des grandes villes et du sentiment d’insécurité qui en découle.
Si ces deux hypothèses semblent valides, ce livre envisage d’en proposer une autre. Les petites villes auraient une image particulière qui est inscrite dans la conscience collective, et se perpétue inlassablement à travers l’histoire. Elles renverraient à un monde à part fortement valorisé avec ses interactions quotidiennes, ses liens de proximité, mais surtout symboliseraient un espace « commun ». Le problème est que ce refuge est fragile tant les dynamiques sociales ne correspondent pas nécessairement à ces représentations, puisque chacun donne une définition différente de ce qui peut être « commun ». Entre l’idéal et la réalité, l’écart va engendrer dès lors des expériences et des attitudes bien diverses.

 

Jean-Luc Roques est sociologue, maître de conférences à l’université de Perpignan Via Domitia. Chercheur au laboratoire C3S (EA 4660), ses travaux portent sur les dynamiques territoriales et leurs infl uences sur les acteurs locaux. Il a publié notamment. La petite ville et ses jeunes (2004), Inclusion et exclusion dans les petites villes (2007), La fi n des petites villes (2009), Une sociologie de la petite ville (2012), Les antinomies du localisme : le cas des petites villes (2015).

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Projets et Etudes en Atelier Local (PEAL) 
Rue Principale - 48400 Barre des Cévennes Courriel

Créée en 1992 avec pour objet de réaliser des études en sciences sociales et humaines, l’association (Projet et Étude en Atelier Local) adopte le principe de travailler systématiquement par ateliers de réflexions.
Soucieuse des questions liées à l’environnement, elle concentre aujourd’hui toute son action autour de cette thématique.
 

Tout le monde semble d’accord sur le fait qu’il est impératif de préserver les milieux et les espaces, tout en laissant la pollution des sols gagner du terrain. Tout le monde semble d’accord pour promouvoir des mesures en matière d’urbanisme, tout en laissant faire le marché de l’immobilier.
Tout le monde semble soucieux de garantir la santé des populations contre la dégradation atmosphérique, tout en fermant les yeux sur les industries polluantes. Tout le monde s’accorde pour affirmer qu’il faut transformer les choses, sans véritablement vouloir les modifier. 

Dans ce contexte, des voix s’élèvent pour envisager de considérer l’environnement et ses composants comme devant relever du patrimoine mondial. Mais dans le même temps, les territoires, nationaux, régionaux ou locaux, revendiquent la gestion unilatérale de leurs espaces. Toutes les actions semblent alors buter sur un ordre territorial qui se veut tout-puissant. On voit avec stupeur que, malgré les divers appels et certaines prises de conscience, rien ne semble changer. 

La situation continue à empirer lentement mais sûrement. On peut être agacé par ces contradictions, mais les faits sont là bien présents, face à nous. Tout le monde se met des œillères et évite d’envisager le pire. Ceux qui le peuvent se referment sur un quant-à-soi, un espace propre et sécurisant. Ainsi, comme l’écrit Lascoumes avec grande clairvoyance « Dans les représentations communes, l’environnement est réduit à une notion égoïste et appropriative qui ne traite que de l’espace de vie immédiat en ramenant tout à lui ». Tout le monde s’intéresse alors à ce qui l’environne, mais en aucun
cas à l’environnement.

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